Qifotique
Comment faire pour que rien ne marche ?
De Domotique à la Bateautique pour finir avec la Qifotique
Aujourd’hui, plus personne ne s’étonne qu’on puisse allumer une lumière à distance ou activer l’alarme de la maison par téléphone. Mais sur un bateau ?
Pour tous ceux qui pensent que ce genre de technologie n’a rien à faire à bord, saviez-vous que le « réseau » spécialement développé pour les véhicules, en collaboration entre l’université de Karlsruhe et Bosch — le CAN-bus — fut présenté en 1985, puis standardisé en 1991, pour devenir LE réseau qui pilote toute voiture moderne ?
Saviez-vous qu’on confie même le freinage de votre véhicule à ce réseau ?
Mais alors, pourquoi parler de CAN-bus, puisqu’il existe des réseaux beaucoup mieux adaptés aux bateaux, comme le NMEA 2000, et aux moteurs, comme le J1939 ?
La réponse est simple : les deux réseaux précités SONT du CAN-bus !
Un peu d’histoire.
Le CAN-bus définit la manière dont les informations circulent électriquement, et comment elles arrivent depuis l’émetteur jusqu’au récepteur. Mais le CAN-bus ne définit pas le type d’informations qui vont circuler.
Une comparaison ?
La nature a développé un système — poumons, glotte, cordes vocales, langue, bouche — pour que l’homme puisse émettre des sons. Ce système phonatoire, par contre, n’est PAS lié au type d’informations qui vont « circuler ». C’est ainsi qu’avec le même système phonatoire, nous pouvons parler français, anglais, chinois, arabe, ou n’importe quelle autre langue du monde.
De la même manière, le NMEA 2000 ou le J1939 ne sont rien d’autre que des langages que des institutions ont développés pour faire discuter leurs équipements ensemble. Leur point commun, c’est que ces informations circulent sur le même réseau physique : le CAN-bus.
Vous allez peut-être encore me dire que c’est quand même le sommet d’utiliser une technologie vieille de 40 ans…
Mais vous pensez bien que l’évolution ne s’est pas arrêtée à la première version ! Tout en gardant une rétrocompatibilité avec le CAN 2.0, le CAN-bus a évolué vers le CAN-FD, puis vers le petit dernier en train de naître : le CAN XL.
La philosophie CAN
Dès sa naissance, le CAN a été pensé pour une robustesse à toute épreuve. Les informations doivent arriver de manière fiable et non corrompue. Le jeu du téléphone arabe n’est clairement pas l’exemple à suivre !
- Il n’y a pas de chef. Car la « mort » du chef serait la fin de la communication.
- Il existe de nombreux contrôles pour s’assurer que l’information reçue est correcte.
- Sauf exception, il n’y a pas de dialogue entre les interlocuteurs pour demander une information.
- Chaque interlocuteur émet SON information sur le réseau, et ceux que cela intéresse la traitent.
Exemple pris « au hasard » dans la Qifotique :
1. J’appuie sur un bouton-poussoir.
2. La logique de cet interrupteur « intelligent » envoie sur le QifNet l’information suivante : « Le bouton n° XX a été actionné. »
3. Les deux lumières à qui l’on avait dit que ce bouton les concernait vont capter cette information. Les autres lumières l’ignorent complètement — au point qu’avec des filtres, cette information n’arrive même pas jusqu’à elles.
4. Les deux lumières concernées se disent : « Ah, ça, c’est pour moi. Je dois donc m’allumer. »
5. Chaque lumière qui vient de s’allumer envoie alors un message : « Moi, la lumière n° YY, je viens de m’allumer. »
6. Tous les boutons qui commandent potentiellement ces lumières captent cette information et allument leur lampe témoin.
Ce qu’il faut retenir, c’est que les informations circulent sans véritable discussion entre les interlocuteurs. Ce n’est pas l’interrupteur qui demande à la lumière de s’allumer. Il ne dit rien d’autre que : « On m’a appuyé dessus. » C’est la lumière qui sait que cela la concerne.
Le tout fonctionne avec une sécurité supplémentaire : chaque interlocuteur peut dire : « Quoi ? Je n’ai rien compris, l’information est arrivée vérolée ! » Dans ce cas, l’émetteur — sans même se préoccuper de savoir qui n’a pas compris — réémet simplement l’information.
